Ma nature, l'univers et l'amour

Sans le travail inlassable de la nature sur cette planète, nous ne pourrions être en vie: oxygène, nourriture,... notre fragile existence dépend entièrement de notre planète, vaisseau inconditionnel de la vie humaine et des espèces végétales et animales qui la peuplent.

 

Nature : Ensemble des êtres et des choses qui composent l’univers


Et pourtant, nous lui prêtons si peu attention. Nous la prenons pour acquise, cette nature, voir, nous nous croyons tellement séparés d'elle que nous pensons pouvoir l'exploiter sans limite. N'avons-nous donc pas conscience des conséquences que cette inconscience induit?

Alors que nous expérimentons des étés aux chaleurs écrasantes, de nombreuses espèces disparaissent sans bruit. Pendant que nous crevons à cause d'une nourriture inadaptée, irrespectueuse de l'équilibre universel, les sénateurs votent la loi Duplomb. Peut-être que certains adorent le fric plus que la santé, alors que d'autres sont pris dans un système qui fonctionne avec une agriculture déconnectée de la Terre, qui nécessite par la suite de vendre du médicament à des gens malades pour les soigner de maladies, parfois incurables, déclenchées par cette même agro-industrie déconnectée.

 

On a oublié que nous sommes les gardiens de la Terre.


Lors de mon voyage en Italie en juin 2024, j'ai commencé à tourner ma conscience vers notre connexion avec la nature. Je commençais à voir que nous sommes comme le royaume végétal : nos vergetures ressemblent aux plages après la marée, nos veines ressemblent aux nervures des feuilles et nos rides à l'écorce des arbres… Et tout ce que nous trouvons moche chez nous, ces vergetures, cicatrices, bourrelets et poils, nous arrivons à l'admirer dans les expressions végétales, animales ou minérales...

Le temps de la réconciliation

 

J'ai alors inventé les séances "C'est ma nature", dans lesquelles j'ai proposé à mes clients et clientes (car oui, ça s'adresse aussi aux hommes) de connecter avec des végétaux pour créer des œuvres d'art. Les portraits qui illustrent cet article sont également issus de cette proposition.

Lors de ces séances, j'ai vu combien la présence du végétal dans les œuvres permettait d'adoucir l'image de soi. Mettre "du beau" avec "du moche", c'est mettre de l'Amour là où il en manque, mettre de la lumière sur ce qui voudrait rester caché et de la douceur dans nos blessures et peurs.

Chaque séance offrait une réconciliation avec son histoire, grâce au végétal. Une douce reconnexion avec sa nature et une prise de conscience infusée grâce à l'art:

 

Nous sommes la nature:
non pas séparés, mais un avec elle.

Nous évoluons comme elle
et nous sommes une carte vivante de l'Univers.

 

A partir de là… comment ne pas aimer notre corps pour ce qu'il est: l'expression dans la matière de notre présence unique dans la symbiose universelle du vivant?

Car nous sommes une expression différente de la même Vérité Cosmique, un arrangement différent des mêmes atomes qui composent l'Univers, des galaxies lointaines au sang qui coule dans nos veines.

Depuis l'an dernier, ma conscience de notre unité avec la nature s'est approfondie : quand je travaille dans mon jardin ou que je me balade dans la campagne environnante, je jouis du contact doux du vent sur ma peau, du froid qui mord mes joues l'hiver, des chants des rossignols ou des grenouilles dans les taillis. Chaque geste devient conscience: désherber est choisir, trier ; marcher équivaut à se laisser porter par la terre, se laisser bercer dans son hamac une méditation joyeuse. Je vois mon environnement qui change sans m'attendre, les plantes qui s'épanouissent pour nous offrir leur médecine (pour certaines oublié), les animaux qui évoluent près de nous dans les champs et chemins, sans trop prêter attention à notre présence, tant qu'elle n'est pas ressentie comme une menace.


Je vois cette Danse Cosmique
dont je fais partie et je suis émerveillée.

 

Je me laisse embarquer dans la danse des saisons, les parfums m'envoûtent, les couleurs explosent dans mon cœur et le silence vibre de mille sons dans mes oreilles. Et j'aime, simplement, cette vie connectée à la nature qui m'entoure, qui me rend infiniment plus riche.

Je ne suis que peu de choses face à une économie de marché qui dirige le monde à coup de pesticides et d'antidouleurs, mais je reconnecte petit à petit avec des savoirs oubliés…

J'observe. J'écoute ce que le monde autour de moi essaie de me dire.

Il chante : Tout est un. Tu n'es pas différente de la nature, tu es la nature. Regarde comment tu traites ce qui t'entoure : c'est le miroir de ton amour pour toi-même. Vois-tu comment tu es "comme la nature" ? Vois-tu tes saisons ? Vois tu comment naître et mourir pour renaître encore et encore, dans des cycles infinis ? 

Vous qui me suivez depuis longtemps pour certains, savez que mon Œuvre, ainsi que ma vie, sont profondément ancrés dans ma foi. La dernière fois que j'ai ouvert ma Bible, c'était au Cantique des Cantiques, ce chant d'Amour qui parle tant du vivant, de la nature, des parfums exquis et des jardins. Le Cantique des cantiques célèbre l’amour mutuel d’un bien-aimé et d’une bien-aimée qui se joignent, se perdent, se cherchent et se trouvent. On n'y parle jamais de Dieu, et en ce sens, ce livre est un peu l'outsider de la Bible, au point que certains se demandent pourquoi il figure parmi les textes canoniques.

Pour ma part, j'y vois aussi un vibrant hommage à la Création, un chant d'Amour à un Autre, à quelque chose de plus grand qu'un bien-aimé humain. Certains, comme dans la citation ci-dessous, feront référence à Dieu, mais si vous n'êtes pas croyants, vous pouvez peut-être nommer la Conscience Cosmique Universelle à votre manière...

« Nous n’avons pas à choisir dans l’interprétation du Cantique des Cantiques entre l’amour humain et l’amour divin. Le Cantique parle d’amour tout court, de la fascination pour l’autre personne, sa beauté, du désir d’unification, etc. Nous aimons Dieu avec notre cœur humain, parce que nous n’avons qu’un seul cœur. C'est pourquoi je pense que le Cantique "parle de quelque chose d'autre", de quelque chose de plus, parce que l'amour humain va toujours au-delà du simple toi et moi. Ne crois-tu pas que l'expérience de l'amour humain mène à quelque chose de transcendant ? »

Łukasz Popko et Timothy Radcliffe, Interroger Dieu, Paris, Cerf, 2024, p. 154


Dans ce prisme transcendantal, l'Autre devient quelque chose de plus vaste, de plus grand que juste un autre humain... ce qui donne un tout nouveau sens à la phrase bien connue : "Aime ton prochain comme toi-même."  Car de quel prochain parle-t-on ? Serait-ce envisageable que ce ne soit pas juste un autre humain, mais tout ce qui nous est semblable ou proche ? Tout ce qui est "comme nous" ? Cela ne changerait il pas profondément notre façon de vivre avec et dans la nature, à partir de la conscience que nous sommes faits des mêmes atomes que le reste de la Création ?

 

Mon amour des langues me pousse alors à aller fouiller dans l'étymologie, les différentes traductions des textes sacrés, pour voir si je ce que je ressens intuitivement a un fondement scientifique.
La première formulation de cette citation de la Bible se trouve dans le livre du Lévitique, (19:18). Souvent interprété aujourd'hui comme: "Ce que tu ne veux pas que l’on te fasse, ne le fais pas à ton prochain”, il peut aussi être lu autrement, si on s'intéresse à l'étymologie. Buber et Rosenzweig traduisent “aime ton prochain, il est comme toi (kamokha)”. Lévinas ajoute : “mais si on consent déjà à séparer le dernier mot du verset hébraïque, kamokha (comme toi) du début du verset, on peut lire tout autrement : Aime ton prochain ; cette œuvre est comme toi‐même”. (Lévinas, De Dieu qui vient à l’idée, Vrin, 1982, p. 144.)

Il est à noter que dans le texte hébraïque, ce n'est pas le mot "prochain" (qui se dirait qarov) qui est utilisé, mais plutôt une formule étrange: leré’akha, littéralement “pour toi” . Ce n’est donc pas le “prochain” , mais le “compagnon”, l’“ami”. Les Anglais traduisent dans la Bible King James “Thou shalt not avenge, norbear any grudge against the children of thy people, but thou shalt love thy neighbour as thyself : I am the LORD”. Neighbour, c’est le “voisin” et non le “prochain”.

 

Aime ton voisin; cette œuvre est comme toi-même…

 

Alors, je comprends que dans mes séances "C'est ma nature", je travaille avec vous sur cette étroite relation entre "ton voisin, l'œuvre  qui est comme toi-même" et l'amour que tu te portes à toi-même. Car les deux sont indissociables !

 

J'ai hâte de voir où mènera cette voie d'exploration qui s'est ouverte depuis plus d'un an… Car je suis certaine que j'ai encore tout un univers à explorer, des pistes à approfondir et de l'Amour à poser en images.